La photographie de mode, un art hybride depuis le XIXe siècle

Contrairement aux idées reçues, la photographie de mode est née quasiment au même moment que la photographie elle-même. Dès 1856 d'ailleurs, on trouve les premières impressions de clichés dédiés à des portraits de l'univers de la mode. Il s'agit de clichés de la première mannequin de mode, La Castiglione, de son vrai nom Virginia Oldoini ; mais ce type d'art est encore loin d'être considéré en tant que tel, et le monde de la fin du XIXe siècle délaisse la photographie d'art, que l'on considère profondément vulgaire et voyeuriste.

Il faut donc attendre le XXe siècle pour que les photos de mode se fassent une place dans les revues spécialisées de l'époque. Nous sommes encore loin de la photographie de mode que l'on connaît aujourd'hui ! Les photographes travaillent alors soit en studio, soit lors de soirées de la haute société... autant dire que la Fashion Week n'est pas prête d'être shootée tel qu'on le fait aujourd'hui.

Quelque revues et photographes commencent pourtant à se détacher en inventant la photographie de mode de rue, qui connaît une véritable déferlante aujourd'hui : les magazines de mode les plus réputés la pratiquent aussi, tout comme les blogs fashion, qui connaissent actuellement un succès retentissant, mais aussi les clichés instantanés sur mobile. Chacun s'improvise mannequin, dans la lignée finalement des premiers pas de ce type de photographie au début du XXe siècle, la technologie en plus !

En 1911, le photographe Steichen réalise ce que l'on considère comme « la première photographie de mode moderne ». Il deviendra d'ailleurs rapidement le photographe privilégié des éditions Conde Nast, qui sont encore un empire aujourd'hui, tant dans la mode que dans le lifestyle, le voyage et le luxe.

Des années 1910 à l'avant Seconde guerre mondiale, la photographie de mode s'impose comme domaine artistique à part entière et des photographes du monde entier y travaillent à plein temps, encouragés par les rédactions du Vogue américain, d'Harper's Bazaar ou des éditions Conde Nast. Les années 1930 reviennent à la rue, avec des clichés new-yorkais de modèles pris spontanément dans des lieux inattendus (entrepôts, rue, aéroport...) par le hongrois Martin Munkacsi.

Après la guerre et jusqu'à aujourd'hui, la photographie de mode prend un essor tel (parallèlement au retour sur le devant de la scène des couturiers parisiens) qu'elle devient un outil marketing puissant. Le couturier Christian Dior est le premier a être autant entouré de talents et photographes réputés de l'époque, qui le suivent tout au long de sa carrière et de sa création : parmi eux, Henri Cartier-Bresson et même Gyula Halász, pourtant peu adepte de la mode à l'époque !

Photographies de haute qualité pour magazines, campagnes d'affichage, lookbooks, puis pour le web : la photographie de mode sert de plus en plus les valeurs et l'image des marques, jusqu'à se transformer en œuvre artistique à part entière, que l'on peut vendre aux enchères, commercialiser, collectionner. On trouve désormais des musées consacrés à la mode qui dédient des expositions permanentes ou temporaires à la photographie de mode, comme un art à part entière. De la Tate Modern à Londres au MoMA à New-York, sa place est établie. Au point d'ailleurs que Karl Lagerfeld dit de la photographie de mode qu'il ne sait plus si l'image prise par un photographe de l'une de ses créations est « entièrement son œuvre ou le résultat d'une collaboration plus étroite entre lui et la styliste ».